..............."Je finis systématiquement - c'est une maladie, ah, comme je souffre, comme j'aimerais en guérir - par faire n'importe quoi. Je ne suis pas fiable. Je suis comme un drogué, instable, furtif, dangereux. Je vois les épisodes se reproduire, se répondre les uns aux autres, comme le point et son contrepoint. Les personnages se ressemblent : ils sont jeunes et ils jugent."
..............."Pour divergences de méthodes, pour mésentente idéologique, pour vous préserver de vous-même et de vos illusions, je me vois dans l'obligation de mettre fin à notre collaboration qui, croyez-le, m'apporta beaucoup.
Je relis. J'apprécie le calme du style épistolaire; la colère qui ne se dresse plus, mais s'allonge. Ce mélange de douceur et de perfidie que l'on peut y glisser. Une lettre de rupture de trois pages, tissée de reproches, de récriminations, voire d'injures, si elle se termine par quelque chose comme 'mais je sais; au fond de moi, que je n'aimerai jamais personne comme je t'ai aimé(e)', est encore une lettre d'amour. Je raffole aussi des lettres timides et sobres qui dévoilent les sentiments de leur auteur au détour d'un mot qu'il ou elle n'a pu retenir et qui s'envole, papillon fou, pour aller se poser - il connaît exactement le chemin - au coin des lèvres du lecteur, dans un sourire frémissant, que le pressentiment d'un amour secret, et pourtant avoué, fait trembler."
..............."Je ne vous oublie pas, leur dis-je. Je n'oublie rien. Je vous compte et je vous rassemble, je vous range pour mieux vous contempler. Rien de méchant, bilan sans conclusions. Une escalade. Voir si, en vous accumulant, en vous posant les unes sur les autres, comme des briques, je vais pouvoir grimper, bâtir l'immense escalier dont j'ai besoin pour aller accrocher cette lune à mon ciel. Aux personnes, je dis qu'elles seront l'armature, aux choses je précise qu'elles seront la matière. Il me faut construire immédiatement. Je dois être à la hauteur. Mais comment y parvenir ? Renverser toutes les poubelles de mon existence, mêler les déchets aux acquisitions les plu srécentes, les plus coûteuse, et poursuivre l'ascension, alors que dans mes veines plus une goutte de sang, sous ma peau plus une goutte de sueur. Me voici évaporée. Seul demeure le balancier menaçant, dont la face de cuivre inexpressive voyage de droite à gauche, infime trajet de la seconde, qui me signifie qu'il est temps."
